vertu1
sortir du nucleaire referendum utile ou pas
Le 21/03/2011
apres la russie le japon que faire dunucléaire
Par Stéphane Lhomme, Président de l'Observatoire du nucléaire
Le 20 mars 2011
Le nucléaire a été imposé en France sans référendum, alors pourquoi en
faudrait-il un pour décider de sortir du nucléaire ? Et ce d'autant
qu'un tel référendum serait un véritable piège : c'est le gouvernement
pronucléaire qui choisirait la question posée et qui organiserait à sa
façon la campagne officielle….
Un référendum est souvent considéré comme une démarche très
démocratique permettant enfin au peuple de prendre lui-même une
décision. La réalité est bien différente : il ne faut pas oublier qu'un
référendum revient avant tout… à poser une question. Et une question à
laquelle il ne peut être répondu que par OUI ou NON (sauf à
s'abstenir). Or, c'est le gouvernement pronucléaire, appuyé par une
Assemblée nationale elle-même constituée à 90% de pronucléaires, qui
rédigerait cette question… à sa façon. Essayons de voir ce qu'elle
pourrait être.
D'abord, il y a nucléaire et nucléaire : production d'électricité,
armes atomiques, nucléaire médical. Si la question est "Êtes-vous pour
la sortie du nucléaire ?", les atomistes auront beau jeu de dénoncer le
désarmement unilatéral de la France (ce qui n'est pas en soi une
mauvaise chose, mais en l'occurrence cela ferait perdre des chances de
succès au référendum), ou la fin de certains traitements médicaux.
Il faudrait donc que la question soit "Êtes-vous pour la production
d'électricité par des centrales nucléaires ?". Mais, même si le
gouvernement se rangeait à cette précision de bon sens, loin d'être
écartés, les problèmes commenceraient au contraire à s'accumuler.
En effet, avec vice, le gouvernement poserait alors assurément la
question inverse : "Êtes-vous contre la production d'électricité par
des centrales nucléaires ?". En effet, c'est reconnu, il est
psychologiquement plus facile de ne pas être pour que d'être contre.
Cela ne changerait rien bien entendu pour ceux dont la religion est
faite, dans un sens ou dans l'autre. Mais quid des indécis ?
Par ailleurs, de nombreux citoyens sont à la fois contre le nucléaire
militaire et le nucléaire dit "civil", du fait de leur égale
dangerosité mais aussi de leur évidente imbrication. Il est clair que
beaucoup de ces gens, considérant que la question posée reviendrait par
défaut à avaliser le nucléaire militaire, voteraient blanc au lieu de
voter contre.
Ensuite, il est improbable que la question posée évoque la sortie du
nucléaire… sans préciser la durée de ce processus. C'est d'ailleurs là
que le gouvernement jouerait sur du velours : s'il propose une sortie
rapide, mettons en 10 ans maximum, de nombreux citoyens voteront
contre, craignant la pénurie et les restrictions… dont le gouvernent
lui-même agiterait le spectre.
Si la question évoque une durée plus longue (20 ans, 30 ans), les voix
de nombreux opposants se transformeront en votes blancs ou en
abstentions : comment accepter que les réacteurs actuels, déjà
vieillissants, continuent à fonctionner aussi longtemps, aggravant le
risque de catastrophe ? Car, faut-il le rappeler, l'objectif est de
fermer les réacteurs pour éviter un désastre tel que celui qui frappe
aujourd'hui le Japon.
D'autre part, il est certain que la campagne officielle, et donc
l'accès aux médias, serait biaisée : on a pu constater lors de
précédents référendums que, en toute légalité, ce sont les partis
politiques dominants qui se voient attribuer la quasi-totalité du temps
d'antenne. Or le PS, l'UMP, le Nouveau centre, le Modem, le Front
national, le PCF sont tous pronucléaires.
Imaginons naïvement que, devant de puissantes protestations face à un
tel déni de démocratie, le gouvernement consente à donner du temps
d'antenne aux associations. Il ne faut pas croire que ce serait enfin
la parole aux antinucléaires. D'abord, le temps ne serait même pas
partagé en deux, moitié pour les "pros", moitié pour les "antis". En
effet, d'autres organisations entreraient dans la danse, par exemple
des associations de consommateurs.
Or, ces dernières années, la très médiatique UFC-Que choisir a pris des
positions clairement favorables à l'atome, prétendant à tort que
l'électricité nucléaire serait bon marché. On peut craindre aussi que,
parmi les organismes "neutres", la parole soit donnée par exemple à la
très réactionnaire Académie de médecine qui, tenez vous bien, a
officiellement pris position pour le nucléaire… au nom de la santé !
Finalement, le temps d'antenne offert aux antinucléaires serait très
restreint. Mais il y a encore pire : de quels "antinucléaires"
s'agirait-il ? Il est fort improbable que, par exemple, l'auteur du
présent texte soit invité à s'exprimer. A sa place, la position
"antinucléaire" serait occupée par de véritables imposteurs comme l'
"hélicologiste" Arthus-Bertrand, ou des personnages ambigus comme
Nicolas Hulot qui ne s'est jamais engagé contre le nucléaire avant le
drame japonais et qui, depuis, évoque une vague et lointaine sortie de
l'atome.
Ces gens là ne manqueraient pas de proposer un processus en 30 ou 40
ans, sapant de fait toutes les raisons de sortir du nucléaire : s'il
n'y a pas urgence à fermer les réacteurs, c'est que le péril n'est pas
réel et qu'il n'est donc pas nécessaire de se détourner de l'atome.
Certes, il n'y a pas que la campagne officielle, mais les travers
dénoncés ci-dessus seraient assurément encore pires lors de débats
organisés sur les grandes chaînes télévisées. Nous aurions alors droit
à des "débats" surréalistes entre les PDG d'EDF et d'Areva et de
curieux "opposants" comme Arthus-Bertrand.
Alors non, définitivement, il ne s'agit pas de réclamer "un grand
débat" ou "un référendum". Ces revendications étaient concevables avant
le 11 mars, mais il est surréaliste de voir des écologistes les porter
encore alors même que se déroule le drame de Fukushima. S'ils ne
réclament pas la sortie du nucléaire maintenant, quand le feront-ils ?
Bien sûr, il y a de la politique derrière tout ça : les nouvelles
"élites vertes" entendent entrer en force au gouvernement et à
l'Assemblée nationale. Pour cela, il leur faut passer des accords avec
le très pronucléaire Parti socialiste. Ce joli monde se mettra
certainement d'accord sur… "un grand débat" et éventuellement "un
référendum", lequel se déroulera (en cas de victoire à l'élection
présidentielle) en 2013, quand l'émotion de la catastrophe japonaise
sera passée : chacun aura repris l'insouciante habitude de vivre près
d'une centrale nucléaire vieillissante, tandis que des millions de
japonais n'auront pas encore développé les cancers qui leurs sont
assurément promis.
L'Allemagne vient de fermer 7 réacteurs d'un coup, cela prouve bien que
des décisions radicales sont possibles. Le nucléaire ne couvre que 2%
de la consommation mondiale d'énergie, contre 15% aux énergies
renouvelables : leur part est donc, contrairement à une idée fausse
largement répandue en France, nettement plus élevée que celle du
nucléaire. A titre d'exemple, l'hydroélectricité produit sur Terre
environ 3300 Twh annuels, contre 2600 pour les 430 réacteurs nucléaires
en service. Finalement, le nucléaire représente un risque extrême pour
une contribution infime à l'économie planétaire.
L'essentiel du parc nucléaire français a été construit à marche forcée
en moins de dix ans, il est donc possible de faire le chemin inverse en
moins de dix ans. Enfin, il ne faut pas oublier que le nucléaire a été
imposé en France sans référendum : pourquoi en faudrait-il un pour
sortir du nucléaire ? Ou plutôt pour ne pas en sortir, tant un tel
scrutin serait faussé…
Stéphane Lhomme
Président de l'Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
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Le 21/03/2011
apres la russie le japon que faire dunucléaire
Par Stéphane Lhomme, Président de l'Observatoire du nucléaire
Le 20 mars 2011
Le nucléaire a été imposé en France sans référendum, alors pourquoi en
faudrait-il un pour décider de sortir du nucléaire ? Et ce d'autant
qu'un tel référendum serait un véritable piège : c'est le gouvernement
pronucléaire qui choisirait la question posée et qui organiserait à sa
façon la campagne officielle….
Un référendum est souvent considéré comme une démarche très
démocratique permettant enfin au peuple de prendre lui-même une
décision. La réalité est bien différente : il ne faut pas oublier qu'un
référendum revient avant tout… à poser une question. Et une question à
laquelle il ne peut être répondu que par OUI ou NON (sauf à
s'abstenir). Or, c'est le gouvernement pronucléaire, appuyé par une
Assemblée nationale elle-même constituée à 90% de pronucléaires, qui
rédigerait cette question… à sa façon. Essayons de voir ce qu'elle
pourrait être.
D'abord, il y a nucléaire et nucléaire : production d'électricité,
armes atomiques, nucléaire médical. Si la question est "Êtes-vous pour
la sortie du nucléaire ?", les atomistes auront beau jeu de dénoncer le
désarmement unilatéral de la France (ce qui n'est pas en soi une
mauvaise chose, mais en l'occurrence cela ferait perdre des chances de
succès au référendum), ou la fin de certains traitements médicaux.
Il faudrait donc que la question soit "Êtes-vous pour la production
d'électricité par des centrales nucléaires ?". Mais, même si le
gouvernement se rangeait à cette précision de bon sens, loin d'être
écartés, les problèmes commenceraient au contraire à s'accumuler.
En effet, avec vice, le gouvernement poserait alors assurément la
question inverse : "Êtes-vous contre la production d'électricité par
des centrales nucléaires ?". En effet, c'est reconnu, il est
psychologiquement plus facile de ne pas être pour que d'être contre.
Cela ne changerait rien bien entendu pour ceux dont la religion est
faite, dans un sens ou dans l'autre. Mais quid des indécis ?
Par ailleurs, de nombreux citoyens sont à la fois contre le nucléaire
militaire et le nucléaire dit "civil", du fait de leur égale
dangerosité mais aussi de leur évidente imbrication. Il est clair que
beaucoup de ces gens, considérant que la question posée reviendrait par
défaut à avaliser le nucléaire militaire, voteraient blanc au lieu de
voter contre.
Ensuite, il est improbable que la question posée évoque la sortie du
nucléaire… sans préciser la durée de ce processus. C'est d'ailleurs là
que le gouvernement jouerait sur du velours : s'il propose une sortie
rapide, mettons en 10 ans maximum, de nombreux citoyens voteront
contre, craignant la pénurie et les restrictions… dont le gouvernent
lui-même agiterait le spectre.
Si la question évoque une durée plus longue (20 ans, 30 ans), les voix
de nombreux opposants se transformeront en votes blancs ou en
abstentions : comment accepter que les réacteurs actuels, déjà
vieillissants, continuent à fonctionner aussi longtemps, aggravant le
risque de catastrophe ? Car, faut-il le rappeler, l'objectif est de
fermer les réacteurs pour éviter un désastre tel que celui qui frappe
aujourd'hui le Japon.
D'autre part, il est certain que la campagne officielle, et donc
l'accès aux médias, serait biaisée : on a pu constater lors de
précédents référendums que, en toute légalité, ce sont les partis
politiques dominants qui se voient attribuer la quasi-totalité du temps
d'antenne. Or le PS, l'UMP, le Nouveau centre, le Modem, le Front
national, le PCF sont tous pronucléaires.
Imaginons naïvement que, devant de puissantes protestations face à un
tel déni de démocratie, le gouvernement consente à donner du temps
d'antenne aux associations. Il ne faut pas croire que ce serait enfin
la parole aux antinucléaires. D'abord, le temps ne serait même pas
partagé en deux, moitié pour les "pros", moitié pour les "antis". En
effet, d'autres organisations entreraient dans la danse, par exemple
des associations de consommateurs.
Or, ces dernières années, la très médiatique UFC-Que choisir a pris des
positions clairement favorables à l'atome, prétendant à tort que
l'électricité nucléaire serait bon marché. On peut craindre aussi que,
parmi les organismes "neutres", la parole soit donnée par exemple à la
très réactionnaire Académie de médecine qui, tenez vous bien, a
officiellement pris position pour le nucléaire… au nom de la santé !
Finalement, le temps d'antenne offert aux antinucléaires serait très
restreint. Mais il y a encore pire : de quels "antinucléaires"
s'agirait-il ? Il est fort improbable que, par exemple, l'auteur du
présent texte soit invité à s'exprimer. A sa place, la position
"antinucléaire" serait occupée par de véritables imposteurs comme l'
"hélicologiste" Arthus-Bertrand, ou des personnages ambigus comme
Nicolas Hulot qui ne s'est jamais engagé contre le nucléaire avant le
drame japonais et qui, depuis, évoque une vague et lointaine sortie de
l'atome.
Ces gens là ne manqueraient pas de proposer un processus en 30 ou 40
ans, sapant de fait toutes les raisons de sortir du nucléaire : s'il
n'y a pas urgence à fermer les réacteurs, c'est que le péril n'est pas
réel et qu'il n'est donc pas nécessaire de se détourner de l'atome.
Certes, il n'y a pas que la campagne officielle, mais les travers
dénoncés ci-dessus seraient assurément encore pires lors de débats
organisés sur les grandes chaînes télévisées. Nous aurions alors droit
à des "débats" surréalistes entre les PDG d'EDF et d'Areva et de
curieux "opposants" comme Arthus-Bertrand.
Alors non, définitivement, il ne s'agit pas de réclamer "un grand
débat" ou "un référendum". Ces revendications étaient concevables avant
le 11 mars, mais il est surréaliste de voir des écologistes les porter
encore alors même que se déroule le drame de Fukushima. S'ils ne
réclament pas la sortie du nucléaire maintenant, quand le feront-ils ?
Bien sûr, il y a de la politique derrière tout ça : les nouvelles
"élites vertes" entendent entrer en force au gouvernement et à
l'Assemblée nationale. Pour cela, il leur faut passer des accords avec
le très pronucléaire Parti socialiste. Ce joli monde se mettra
certainement d'accord sur… "un grand débat" et éventuellement "un
référendum", lequel se déroulera (en cas de victoire à l'élection
présidentielle) en 2013, quand l'émotion de la catastrophe japonaise
sera passée : chacun aura repris l'insouciante habitude de vivre près
d'une centrale nucléaire vieillissante, tandis que des millions de
japonais n'auront pas encore développé les cancers qui leurs sont
assurément promis.
L'Allemagne vient de fermer 7 réacteurs d'un coup, cela prouve bien que
des décisions radicales sont possibles. Le nucléaire ne couvre que 2%
de la consommation mondiale d'énergie, contre 15% aux énergies
renouvelables : leur part est donc, contrairement à une idée fausse
largement répandue en France, nettement plus élevée que celle du
nucléaire. A titre d'exemple, l'hydroélectricité produit sur Terre
environ 3300 Twh annuels, contre 2600 pour les 430 réacteurs nucléaires
en service. Finalement, le nucléaire représente un risque extrême pour
une contribution infime à l'économie planétaire.
L'essentiel du parc nucléaire français a été construit à marche forcée
en moins de dix ans, il est donc possible de faire le chemin inverse en
moins de dix ans. Enfin, il ne faut pas oublier que le nucléaire a été
imposé en France sans référendum : pourquoi en faudrait-il un pour
sortir du nucléaire ? Ou plutôt pour ne pas en sortir, tant un tel
scrutin serait faussé…
Stéphane Lhomme
Président de l'Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
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